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26 MARS 2009
Assemblée nationale congolaise :
Vital Kamerhe a démissionné. Et maintenant ?  
 
Kinshasa, mercredi 25 mars 2009. C’est une date à retenir. Ce jour, Joseph Kabila, chef du Pouvoir exécutif, a réussi son coup de force
institutionnel en poussant à la démission le président de l’Assemblée nationale – une des branches du Pouvoir législatif - au nom d’une
prétendue «discipline» de l’Alliance de la majorité présidentielle. Outre le gouvernement et l’appareil judiciaire, Kabila et ses partisans
contrôlent désormais les trois Pouvoirs d’Etat. A l’exception près du Sénat où les kabilistes sont néanmoins majoritaires. L’intolérance
politique ambiante montre bien la volonté du régime à verrouiller la liberté d’expression. Un pari risqué. Joseph Kabila est ainsi
condamné à recourir à la terreur pour continuer à gouverner. Le risque est grand que la violence d’Etat appelle une contre-violence
citoyenne…

Analyse

«Maintenant que je procède à l’ouverture de cette session de mars 2009, je voudrais rassurer le président de la République, chef de l’
Etat et ma famille politique, que j’inscrirai la question de ma démission et du renouvellement du Bureau à la prochaine réunion de la
Conférence des Présidents, avant de venir en débattre en plénière, et ce, en conformité avec la Constitution et notre Règlement
Intérieur.» Ce passage est tiré du discours prononcé lundi 16 mars par Vital Kamerhe lors de la séance inaugurale de la session mars-
juin de l’Assemblée nationale. La question relative à «la démission du président de l’Assemblée nationale» a bel et bien été inscrite à l’
ordre du jour des travaux de la plénière de la Chambre basse. Seulement voilà. Kamerhe a démissionné sans qu’il y ait eu débat suivi de
vote. Le vote constitue en effet le mode de décision de toute assemblée qui se veut démocratique.

Sarkozy au Palais du peuple

Pourquoi Vital Kamerhe a-t-il rendu le tablier sans attendre l’accomplissement de la procédure prévue notamment par l’article 21 du
règlement intérieur de l’Assemblée nationale ? Deux pistes d’explications. La première. Le président français Nicolas Sarkozy est
attendu à Kinshasa ce jeudi 26 mars pour une visite de quelques heures. Sarkozy a exprimé le souhait de s’adresser aux deux
Chambres du Parlement réuni en Congrès. «Lorsque les deux Chambres siègent en Congrès, le bureau est celui de l’Assemblée
nationale et la présidence est à tour de rôle assurée par le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat. (… )», énonce le
premier alinéa de l’article 120 de la Constitution promulguée en février 2006 par Joseph Kabila.

Lundi 23 mars, l’ambassadeur de France en RD Congo, Pierre Jacquemot, a accordée une interview à Oscar Mercado du service de
presse de la Monuc (Mission de l’Onu au Congo). Question : le président Sarkozy devait s’exprimer devant les deux Chambres du
parlement mais il ne le fera que face au Sénat, qu’est ce qu’explique cette décision ? Réponse du diplomate dans une posture digne de
Ponce Pilate : «Le programme du président Nicolas Sarkozy appartient aux autorités congolaises, c’est elles qui déterminent ce
programme, c’est pas nous, le président Sarkozy répond a une invitation qui lui a été faite et le protocole du gouvernement organise les
différentes manifestations et convie le président Sarkozy a s’y rendre.»

Et d’ajouter : «L’important a nos yeux c’est que le président Sarkozy puisse s’exprimer devant les parlementaires, sénateurs et députés,
dans un discours que nous jugeons important et qui sera le premier discours sur l’Afrique prononcé cette année par le chef de l’Etat, l’
important c’est la composition de l’auditoire qui sera présent au Palais du Peuple le 26 au matin.» «Ensuite, l’organisation technique
appartient aux autorités de deux chambres, c’est a elles de voir qui est là. Pour nous, notre souhait, qui est presque une exigence, est
que tous les parlementaires soient là, le reste appartient à la décision des autorités.» En langage diplomatique, cela s’appelle la non-
ingérence.

Dérive dictatoriale

Deuxième piste. Joseph Kabila avait-il informé l’Elysée du conflit qui l’opposait à Kamerhe ? Avait-il menacé de ne pas accompagner
«Sarko» dans la matinée de jeudi 26 mars au Palais du peuple au cas où «Vital» devrait trôner à la tribune ? «Joseph» aurait-il exigé que
le président français s’adresse uniquement au Sénat et que les députés y assistent en tant qu’invités ?

Il semble bien que «Vital» aurait reçu des messages de «menaces précises» de la part des «supers faucons» de ce qu’on ne désigne
plus que sous le terme «entourage présidentiel». «Les nervis de l’entourage présidentiel ont invité le président de l’Assemblée nationale
de choisir entre partir ou subir un sort identique à celui réservé à l’ancien vice-président de la République et sénateur Jean-Pierre Bemba
Gombo», rapporte un analyste. Celui-ci de s’étonner des pressions manifestes exercées à la partie française. «Et pourtant, dit-il, le chef
de l’Etat congolais n’est nullement tenu d’accompagner un homologue étranger désireux de s’adresser aux deux Chambres du
Parlement congolais.»

S’il était confirmé que Kabila à user des pressions diplomatiques et autres menaces sur la personne de Kamerhe pour déstabiliser le
fonctionnement du Parlement, ce pays se trouve face à une dérive dictatoriale dangereuse. Une dérive qu’il faut stopper avant qu’il ne soit
trop tard pour l’exercice des droits et libertés.

Et maintenant ?

L’AMP et son «autorité morale» vont sans doute retrouver le sommeil du juste après la fin d’un suspens qui aura duré plus de 50 jours.
Le «cauchemar Kamerhe» est-il pour autant éradiqué ? Il est trop tôt pour le dire. «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire»,
bredouille un juriste kinois. Un confrère kinois joint au téléphone a une opinion plus tranchée : «La démocratie congolaise ne sort pas
gagnante de cette crise. En revanche, Joseph Kabila et «son bras droit politique» Augustin Katumba Mwanke sont les plus grands
perdants au niveau de l’opinion congolaise.»

Que va devenir Vital ? «Il va prendre quelques jours de congé avant de revenir siéger en qualité de député indépendant», estime un
politologue qui avoue son incapacité à savoir si l’homme va garder l’insigne du même parti sur sa boutonnière.

Que sont devenus les autres membres démissionnaires du Bureau à savoir Christophe Lutunda Apala, Marc Mvuama, Bahati Lukwebo,
Brigitte Kalaba, Katende wa Ndaya et Egide Ngokoso ? A Kin, les commentaires vont dans tous les sens. «Certains membres du Bureau
ont négocié leur démission en exigeant le paiement anticipatif de leurs indemnités et avantages sociaux pour le restant de la
législature», soutiennent des sources. Vrai ou faux, l’avenir le dira. Qui va succéder à Kamerhe au perchoir ?

Selon des sources, quatre candidats sont en lice : Evariste Boshab, secrétaire général du parti présidentiel (Kasaï occidental) ; Barnabé
Kikaya bin Karubi, ancien ambassadeur au Zimbabwe et secrétaire particulier du chef de l’Etat (Maniema); Tshiongo Tshibinkubula wa
Ntumba, ancien PDG de la Régie de distribution d’eau (Kasaî oriental) et Nyabirungu Mwene Songa, professeur de droit (Nord-Kivu).

A en croire certains analystes, Tshiongo serait le prétendant le plus sérieux. Certaines voix s’élèveraient au sein de la coalition pro-
kabiliste pour exiger l’organisation d’une sorte des «primaires» au sein de l’AMP avant que les deux derniers candidats en lice s’
affrontent devant la plénière. Quid de l’opposition ? Celle-ci se fait discrète. Faute sans doute d’un leadership éclairé et déterminé. «L’
argent circule», entend-on dire.

Intolérance politique

Depuis l’entrée des troupes rwandaises sur le sol congolais, fin janvier dernier, on assiste à la montée d’un climat d’intolérance
politique. Le pouvoir kabiliste est devenu allergique à toute forme de contestation. Des militants des droits humains ont été arrêtés le
dimanche 15 mars pour avoir voulu organiser une manifestation pacifique devant le Palais du peuple. Plusieurs étudiants ont également
été interpellés.

Dans une lettre ouverte, sans date, deux cent dix organisations non gouvernementales congolaises et quatre Ong internationales ont
invité Joseph Kabila à arrêter la «déstabilisation» de l’Assemblée nationale. Dans un communiqué daté vendredi 20 mars, l’Ong
"Journaliste en danger" (JED) a, pour sa part, dénoncé «la multiplication des atteintes à la liberté d’expression des medias» par les
autorités congolaises.

JED de s’indigner du «black out» que certaines «forces occultes veulent également imposer sur le président de l’Assemblée Vital
Kamerhe dans certains médias, particulièrement dans l’audiovisuel.». Et de relever que le lundi 16 mars, «les journalistes ont été
empêchés par la police d’assister à la séance d’ouverture de l’Assemblée, boycottée par les députés de la majorité.» Et de signaler que
«la RTNC», «pour la première fois depuis le début de la législature (en 2006), a boycotté la retransmission en direct des cérémonies
solennelles de la rentrée à l’Assemblée et au Sénat.»

L’association de signaler par ailleurs que le même lundi 16 mars, le signal de la chaîne de télévision privée «Télé 7» a été interrompu
durant 5 heures, au moment où était diffusée une interview de Vital Kamerhe en sa qualité de président de l’Assemblée nationale. L’
autre télévision privée «Antenne A» a subi un traitement similaire «alors qu’elle diffusait une émission consacrée à la crise à l’
Assemblée».

JED rapporte par ailleurs que «des policiers ont brutalement dispersé mercredi 19 mars à Kinshasa des vendeurs des journaux ». Motif :
ils distribuaient "des journaux reprenant le discours prononcé par Kamerhe lors de la rentrée parlementaire". Dans un communiqué
publié dimanche 22 mars, l’association de défense des droits humains «La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme» (VSV)
exprime sa «vive préoccupation» suite à «la multiplication d’actes d’intolérance contre, en plus des défenseurs des droits de l’homme,
des étudiants, des médias objectifs plaidant en faveur de la normalisation du fonctionnement de l’Assemblée Nationale (…)».

Cortège présidentiel caillassé

Après avoir dénoncé l’arrestation des activistes des droits de l’homme et l’interdiction de voyager opposée au député Justin Bitakuira, la
«VSV» épingle la coupure de signal de la chaîne de télévision «Canal Kin Télévision» « CKtv». C’était le samedi 21 mars 2009 vers
22h00. «La coupure subite du signal de CKtv est intervenue, précise le communiqué, en pleine émission sur la crise prévalant à l’
Assemblée nationale, plus précisément l’éventualité de la démission de monsieur Vital Kamerhe du poste du président de l’Assemblée
Nationale suite à l’accentuation de pressions et manœuvres politiques tous azimuts de l’AMP. A cette occasion, il a été dénoncé l’
utilisation abusive par l’AMP des journalistes, en l’occurrence, monsieur Zacharie Bababaswe, qui est allé très loin jusqu’à proférer des
injures dans une entreprise d’outrage à l’autorité.» Le communiqué de conclure que «la VSV dénonce la confusion entretenue par l’AMP
qui se substitue, en violation de la Constitution, au gouvernement congolais, instrumentalise et dicte la ligne de conduite à certains
animateurs des institutions de l’Etat.»

Samedi 23 mars, Joseph Kabila a clôturé sa tournée dans la province du Sud Kivu en passant par le territoire de Fizi que certains
panégyristes présentent comme étant le lieu de naissance du «raïs». Celui-ci a prononcé un meeting à Fizi-Centre. Selon la radio Okapi,
Kabila a notamment lancé un «message de paix et du développement de la région». Citant des sources proches de l’armée, de la police
et des organisations de défense des droits de l’Homme, la radio onusienne a fait état des arrestations opérées «juste après le passage
du cortège présidentiel à la hauteur de Baraka». Et qu’«une autorité locale ainsi qu’une dizaine de jeunes gens seraient détenus dans
les cachots de la police pour des motifs non encore révélés, indique.» Pourquoi ? La question est restée sans réponse. Radio Okapi a
manifestement évité de provoquer le courroux présidentiel en annonçant que le cortège du «raïs» a été caillassé. D’où les arrestations.
Signe de temps ?

Baudouin Amba Wetshi
© Congoindépendant 2003-2009
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