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23 mars 2009 UNE REBELLION QUI VIENT DE LOIN
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Chercheur en sciences politiques, l'anglais Stewart Andrew Scott livre avec son ouvrage un témoignage précieux sur un pan tourmenté de l'histoire de la République démocratique du Congo et dissipe les brumes malsaines de la désinformation érigée en vérité absolue par des journalistes sous tutelle et des Ong complaisantes. La rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) du Général-Major Laurent Nkunda Mihigo, dont la période de gestation remonte au début de la transition en 2003 et la naissance officielle en août 2005, s'est progressivement imposée comme seule force d'opposition à un régime de plus en plus en mal de consensus, qui doit son existence et sa survie aux acteurs internationaux et régionaux de la longue crise congolaise. Motivés moins par un véritable souci de paix que par les intérêts géostratégiques, voire économiques, des puissants parrains de la transition, puis des élections « démocratiques » qui ont hissé au pouvoir Joseph Kabila en octobre 2006, ces derniers ont systématiquement voué aux gémonies toute force contraire à leur desiderata. Cela a été notamment le cas du « Général Laurent », comme ses proches l'appellent. Présent pendant plusieurs mois sur le terrain des opérations dans le Nord Kivu, en contact constant avec ses hommes et également avec ses ennemis Fardc,Maï Maï ou Fdlr, personnes que l’auteur a pu, à maintes reprises rencontré ou interviewé, et avec les populations impliquées dans la guerre, l'auteur a ainsi réussi à dresser un portrait plus adhérent à la réalité de ce militant et combattant Tutsi congolais, grandi dans les tumultes et les tragédies qui ont façonné l'histoire récente de la région africaine des Grands Lacs.
Issu d'une famille d'éleveurs du territoire de Rutshuru, tour à tour enseignant à l’Institut de Kitchanga dans son Nord-Kivu natal, commerçant d'essence et d'haricots, puis étudiant à l'université de Kisangani en RDC, puis à l’Université adventiste de Mudende, au Rwanda voisin, le jeune Laurent est le rescapé miraculé des pogrom anti-Tutsi d'octobre 1990 au pays des milles collines. La haine ethnique contre ses congénères fait rage et les violences conséquentes ensanglantent aussi le Kivu. Mais Nkunda refuse le repli identitaire au nom de l'ethnicité et son engagement s'oriente vite contre toute forme de discrimination. En 1991, suite à des massacres dans les principales villes kivutiennes, notamment à Goma, il décide d’intégrer le Front patriotique rwandais (Fpr) de Paul Kagame en guerre contre le régime génocidaire du président Juvénal Habyarimana. A ce sujet, l’auteur écrit : « C'est un congolais apatride, révolté par le tribalisme politique, qui tourne le dos à son pays qui n'a pas su le protéger », écrit S. A. Scott (page 78). En juillet 1994, il assiste au spectacle macabre des rues de Kigali jonchées de cadavres. Et, l'année suivante, plusieurs membres de sa famille sont décimés dans le village natal de Mirangi au Nord Kivu, par les milices Mai Mai-Bangilima. Quand, en septembre 1996, l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (Afdl) de Laurent-Désiré Kabila, soutenue par le Rwanda et l'Ouganda, entame sa longue marche sur Kinshasa pour déposer le dictateur Mobutu, Laurent Nkunda participe au mouvement mais reçoit l'ordre de s'arrêter à Kisangani, avant d'être affecté à Walikale au Nord Kivu. Il est est alors capitaine, lorsqu’il est nommé responsable des renseignements de la 224ème brigade des Forces armées congolaises (Fac). A la tête de cette unité, il participe à la dissension du Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd), appuyée par le Rwanda, contre L. D. Kabila. Quelques jours plus tard, il se lance à l’assaut de Kisangani, pour libérer ses frères d’armes pris en otages. Il libère la ville de Kisangani, où les loyalistes étaient en train d'exécuter les militaires Tutsi de l'ancienne coalition Afdl.
Mais c'est suite à la fin de la guerre de 1998-2002 et au début de la transition, que le vrai combat de Laurent Nkunda démarre, quand il s'aperçoit que les causes sous-jacentes aux conflits précédents ont été ignorées pendant tout le processus de paix. Il fonde en 2003 un organisme à caractère socio-politique, dont le but sera la réconciliation entre les différentes communautés du Kivu. Cette organisation devient en 2004, une structure militaire en réponse au massacre des réfugiés Tutsi à Gatumba, au Burundi. Le Cndp résultera de la fusion de ces deux instances et sera porteur d'une vision nationale, grâce aussi à l'adhésion de militants venant de toutes les ethnies et au soutien des populations des territoires contrôlés par le mouvement. Contrairement à l'Afdl et au Rcd, le Cndp ne reçoit aucune aide des pays voisins, notamment de Kigali où certaines autorités, irritées par l'autonomie de l'organisation, puis méfiantes face à ses écrasantes victoires militaires contre le régime de Kinshasa, n'ont pas hésité à multiplier les signes d'hostilité contre Laurent Nkunda, jusqu'à son arrestation en date successive à la parution de cet ouvrage... « Laurent Nkunda et la rébellion du Kivu. Au cœur de la guerre congolaise », Stewart Andrew Scott, Karthala, 336 p., 25,95 euros. Luigi Elongui Lire plus: www.mkunda-support.com www.karthala.com
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