Counter
11 avril 2009
JOSEPH KABILA ACCORDE LE « BENEFICE DU DOUTE » AU PRESIDENT PAUL KAGAME
 
Pour justifier ses échecs dans la gestion de la RD Congo, la présidence congolaise avait un argument facile : « c’est Laurent Nkunda
qui nous empêche de travailler ». Le gouvernement a fini par faire avaler cette pilule aux Congolais, à tel point que la plupart des citoyens
étaient convaincus, que la simple mise à l’écart du Général Laurent Nkunda serait synonyme de développement social et économique.
Après avoir trompé les Congolais, Joseph Kabila a fini par tromper aussi ses
omologues dirigeants de la région. Or, la dernière tentative
de déstabilisation du CNDP (Congres National pour la Défense du Peuple), et la mise en résidence surveillée du Général Laurent
Nkunda, Président du CNDP semble ne pas apporter de réponses aux questions que se posent les Congolais depuis les années : la
paix, le pain, la bonne gouvernance, la sécurité. Bien au contraire, les citoyens voient leur situation évoluer de mal en pie. Aujourd’hui, les
Fdlr/Interahamwe (rebelles hutu rwandais responsables pour la plupart du génocide dans leur pays) ont repris toutes leurs positions.
Les groupes armés se reconstituent comme si rien n’a été fait depuis le fameux « Programme Amani » de Malu Malu, prêtre spécialiste
des elections truquées. Aujourd’hui, affirmer qu’il y a la paix au Kivu équivaut à nier l’évidence. Et pourtant, le Cndp est mis en
quarantaine au profit d’un mouvement dirigé par un certain Dr Désiré Kamanzi(congolais originaire de Masisi /Nord-Kivu mais devenu
rwandais depuis 15 ans et fonctionnaire de l’état de pays des milles collines).


Pour comprendre la complexité de cette réalité
, il faut suivre attentivement les interviews des deux présidents concernés. Il s’agit de l’
interview de
Paul Kagame à Jeune Afrique, et celle de Joseph Kabila au New York Times. Le premier semble naïf, convaincu que l’autre
est un homme fiable. Le second manifeste une attitude proche de la « feymania », avec une arrogance mal contenue. Au bout du compte,
Paul Kagame fait confiance à Joseph Kabila, alors que Joseph Kabila n’accorde que le bénéfice du doute à son voisin de l’Est.
Kivupeace.org vous propose cette analyse dont voici la quintessence :

Paul Kagame :
Une confiance démesurée envers un dribleur.
A la question de savoir s’il est
satisfait de l’opération « Umoja wetu », le Président rwandais est formel : réussite totale. Il affirme que
cette opération montre la
« confiance mutuelle » qui existe désormais entre les deux pays. Il rejoint la préoccupation des populations,
alors que Joseph Kabila n’est intéressé que par son poste : « Oui. En premier lieu parce que cette opération conjointe démontre qu’entre
le Rwanda et la RD Congo l
heure est à la coopération, à la confiance mutuelle et à la solution consensuelle des problèmes
communs.
C’est le plus important. Sur le plan militaire, nous avons brisé l’épine dorsale des FDLR, tout au moins dans le Nord-Kivu, au
grand soulagement des populations locales. Suite au retrait des troupes rwandaises, et à
la promesse des « Généraux » congolais à
poursuivre le travail,
il adopte une position complètement naïve, et affirme que les Fardc sont capables de déloger les Fdlr. La suite, on
la connaît. Voici ce qu’il déclare : « Je doute que si ces gens tentent de reconquérir leurs places fortes ils aient la partie facile face à l’
armée congolaise et à la ¬population. » Ce qui reste curieux, c’est la confiance démesurée envers les politiciens congolais. Doutant de
la capacité de la Monuc, il estime que
la Rdc a des autorités responsables : erreur d’appréciation, ou langage diplomatique ? La suite
nous permettra de comprendre : « Je ne sais pas ce que la Monuc est capable ou non de faire en ce domaine. Par contre, je pense que
les autorités congolaises ont pris la mesure de ce problème et qu’elles sont déterminées à le résoudre. »
Paul Kagame s’entête à
croire que les autorités congolaises vont toujours faire appel à ses services
, alors que celles-ci ne sont plus prêtes à rééditer ce
risque. Pour le président rwandais : « que ce soit par leurs propres moyens ou en coopération avec nous. C’est tout à fait nouveau et
capital. » Et lorsqu’on lui demande s’il était encore prêt à envoyer ses troupes au Kivu, il se remet à la bonne foi des politiciens de
Kinshasa : « Si les dirigeants de Kinshasa estiment avoir encore besoin du Rwanda pour les aider à régler définitivement cette situation,
le Rwanda est prêt et disponible, dans la mesure de ses moyens. »
Le Président rwandais se montre complètement naïf, lorsqu’il
déclare que les relations avec le Président congolais sont bonnes. Comment qualifieriez-vous vos relations avec Joseph Kabila ? « Elles
sont bonnes. » Cet enthousiasme affiché par le rais rwandais est battu en brèche par les propos clairs de Kabila :
pitié !

Kabila : la politique du renard
Avec les défaites de son armée face à la puissance de feu du Cndp, Joseph Kabila savait que les jours de son pouvoir étaient comptés.
Tout calcul permettant de déstabiliser le Cndp était donc la bienvenue.
Pour Joseph Kabila, le souci n’était point de rétablir les relations
avec son voisin de l’Est, mais de sauver son poste à Kinshasa.
Les réponses qu’il donne au journal newyorkais permettent de
constater qu’il n’a aucun respect pour ses voisins, et surtout, qu’il n’a nullement confiance aux Rwandais contrairement à son
homologue
. A la question de savoir quelle appréciation donne-t-il à l’opération « Umoja wetu », et surtout, s’il faisait confiance à ses
voisins, il se démarque de la naïveté affichée par Paul Kagame et affirme clairement : « Eh bien, eux ont-ils confiance en moi ? La
confiance est un grand mot, surtout quand on parle de pays ou de nations. Entre les pays et les nations, tout est avant tout question d’
intérêts. » Le plus désolant, est qu’il situe la question au niveau typiquement « des affaires », alors que son voisin semble mettre l’
accent sur la confiance mutuelle.
Il s’interroge d’abord sur les intérêts du Rwanda, avant de fustiger Paul Kagame d’avoir un agenda
caché
:  Quels sont nos intérêts ? C’est d’avoir un voisin épris de paix, un voisin qui respecte notre intégrité territoriale, un voisin qui
respecte notre indépendance. Et, bien sûr, un voisin avec lequel nous pouvons faire les affaires. Quels sont les intérêts du Rwanda au
Congo ? S’il y a un agenda caché, et si le Rwanda contrôlait illégalement des concessions minières ou s’il donnait un coup de main à ce
qui se passe au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, alors nous serions loin de la confiance. » Pour boucler la boucle,
Joseph Kabila se montre
encore plus menaçant à l’égard du Rwanda
et affirme que c’est la dernière chance qu’il accorde au pays de milles collines : sinon ?  
Le Président congolais est formel :
« Nous leur accordons le bénéfice du doute. Une fois de plus, probablement pour la dernière fois.
»
Il ressort des deux interviews, que le président Congolais a décidé d’adopter la politique du renard, juste pour se débarrasser de son
ennemi le Cndp. Pour le reste, la jonglerie continue comme d’habitude. En affirmant avec menaces que c’est la dernière fois qu’il
accorde la chance au Rwanda, il sait certainement sur quoi il compte, et pense avoir réussi son coup.


Un Président
Kabila révolté, énervé, débordé : L’Occident et la Monuc responsables des échecs.
A la question de savoir s’
il était satisfait de la présence de la Monuc, il en profite pour dire tout le mal qu’il pense de la mission
onusienne. Oubliant que c’est la Monuc qui a sauvé à plusieurs reprises, Sake, Goma, Kiwanja, Rumangabo etc,
Joseph Kabila perd
complètement la tête et accuse cette mission d’être à la base de la déconfiture de son armée.
Une ingratitude qui n’est pas exprimée
pour la première fois. Ce qui permet de comprendre les différents agissements de la population contre la mission onusienne à
Rutshuru, à Goma et ailleurs. Une réaction qui suscite une question : que serait devenu Joseph Kabila et la Rdc sans la présence
onusienne ? Peut-être Joseph Kabila connaît-il la réponse. Nous savons cependant que cette attitude irresponsable ne peut avoir d’
impact sur la mission onusienne, parce que, la plupart des responsables préfèrent « diplomatiquement » sauver leurs postes qu’
affirmer leur dignité. Le journal newyorkais n’a pas manqué de demander son avis sur
la position des Occidentaux sur ses échecs. De
façon puérile, Joseph Kabila soutient que
ce sont eux qui sont à la base de la situation actuelle en Rdc, à cause de leur ignorance.
Revenant sur l’
accord ambiguë avec la Chine, il avoue : «  je ne comprends pas pourquoi ils nous ont dit de ne pas signer ces
accords. Probablement parce qu’il y a beaucoup d’ignorance, l’ignorance de la façon dont notre situation est difficile. Bien sûr,
lorsque vous êtes assis à Washington ou vous êtes assis à New York, vous croyez que tout le monde est comme à Washington ou
à New York. Qu’est-ce qui m’a révolté moi ? C’est le fait qu’il y ait une résistance à cet accord sans faire une contre-proposition. »

Mais
le comble de l’interview, c’est lorsque Joseph kabila avoue qu’il est débordé par la gestion de ce grand pays : « Eh bien, parfois
je me sens débordé. Mais il y a certains d’entre nous qui sont nés pour mener une bonne vie, à faire toutes les choses que n’importe qui
peut vouloir faire, à vivre le rêve. Mais il y a ceux qui sont nés sans doute pour souffrir afin d’apporter des changements. Le pays est
immense, mais nous essayons de traiter les problèmes un à un. »
Avec tous les morts que compte la république, le « rais »
congolais n’a pas honte de dire qu’il a réglé la question sécuritaire :
pitié : « Le principal problème de la sécurité nous l’avons traité. L’
autre question est celui de développement. Et bien sûr, vous avez la corruption et l’administration qui ne fonctionne pas, ce n’est pas
fluide, et vous avez des partenaires qui ne comprennent pas la totalité des défis. »
Toujours la faute aux autres. A quel moment les
dirigeants congolais apprendront à se remettre en question pour évoluer ? Et lorsqu’on lui demande
ce qu’il pense de Barack Obama, il
affiche
une totale ignorance sur l’espoir du monde. Alors que l’ex-sénateur de l’Illinois avait fait voter deux propositions au Sénat
américain en faveur de la Rdc, il demande ce que le Président américain pense de lui d’abord avant de répondre vaguement… de façon
pittoresque : « Qu’est-ce que je pense de Obama ? Je ne sais pas ce qu’il pense de moi. Je ne veux donc pas avoir quelque chose à dire
sur lui. Mais je crois qu’il y a beaucoup d’espoir, en Afrique, bien sûr, mais au fond, dans le monde entier, que l’Amérique fera ce qu’elle
doit faire. »
La seule chose à retenir dans les deux interviews, ce que les Congolais doivent encore attendre longtemps avant de voir
la paix poindre à l’horizon. Ne parlons même pas de la bonne gouvernance. Après avoir montré un réel mépris face aux victimes des
Fdlr, le rais congolais a justifié l’ultimatum accordé aux Rwandais « C’est la dernière chance », et montre que le Président Paul
Kagame se trompe en lui faisant confiance. Bref, Joseph Kabila s’affiche en grand vainqueur du marché des dupes qui s’est passé
à l’hôtel Ihussi de Goma en janvier 2009. La suite  de l’épisode s’annonce intéressante.


B. Amani
Kivupeace/France  
Envoyez-nous vos
reactions svp
Copyright 2008. kivupeace.org. Pour tous commentaires et suggestions,
Veuillez Contacter le:
webmaster@kivupeace.org
Please Send Us Your
Feedback