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28 mars 2009 Démission de Vital Kamerhe : Le problème est ailleurs !
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Le bras de fer entre le président de la République et celui de l'Assemblée nationale dévoile l'ampleur de la crise qui secoue les fondements de l'Etat. Elle pourrait sonner le glas d'un régime en manque de vision politique et gangrené par la corruption.
« Je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit sur l'entrée éventuelle des troupes rwandaises sur le territoire congolais. Si c'est vrai, c'est tout simplement grave! ». Ancien Patron de la chambre basse du Parlement de la République démocratique du Congo (Rdc), Vital Kamerhe était, jusqu'au 21 janvier dernier, l'une des figures de proue de la famille politique du chef de l'Etat, Joseph Kabila. En lançant cette petite phrase sur les ondes de Radio Okapi au lendemain du déploiement dans l'Est de la Rdc des Forces de défense rwandaises (RDF) -officiellement pour soutenir l'armée congolaise dans la traque des rebelles rwandais, mais dont le premier objectif était en réalité la neutralisation du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et de son leader, Laurent Nkunda, ce manœuvrier doté d'un bon sens stratégique était certes au courant des réactions qu'il allait déchaîner près des faucons du régime. Pour ces derniers, l'occasion était finalement arrivée de se défaire de l'homme qui, déjà depuis belle lurette, avait manifesté une autonomie excessive et dérangeante face aux intérêts d'une élite occupée davantage à gérer le pouvoir dans l'ombre qu'à assurer le bon fonctionnement des institutions. Et de l'inviter à quitter son poste à l'Assemblée nationale en présentant ses démissions avant la reprise des travaux du parlement à la mi- mars.
Les extrémistes imposent leur volonté Non sans fatigue, les extrémistes du camp présidentiel imposent ainsi leur volonté au sein des instances dirigeantes du Parti populaire pour la reconstruction et le développement (Pprd) de Kabila et de l'Alliance de la majorité présidentielle (Amp), dont le premier est le pivot. Prié de déloger, Vital Kamerhe fait de la résistance. A la rentrée parlementaire, il engage la preuve de force en affirmant que : « si les démissions doivent avoir lieu, c'est à la plénière de l'Assemblée Nationale d'en statuer, car cette prérogative n'appartient ni au gouvernement, ni à une formation politique. » Bref, il faisait comprendre, qu'il voulait bien s'en aller, mais tout en respectant l’esprit et la lettre de la Constitution, dont il se pose en garant. Issue des rangs de la coalition au pouvoir et c'est une première, la crise va s'installer dans la durée, malgré la démission de ce dernier. Maintenant que Vital Kamerhe vient de déposer sa démission, il ne faut se leurrer, la situation n’est pas autant résolue qu’on feint de le croire. Et au président de la République de méditer sur ce geste qui le pousse à poser un tel acte, contre celui qui fut l'un de ses plus fidèles et utiles alliés, pilier essentiel du dispositif politique qui le hissa au sommet de la Nation suite aux élections gagnées en octobre 2006.
Et le Kivu vota pour Joseph Kabila Car cet originaire de l'Est, de la tribu Shi, et bouillant porte-parole de la composante gouvernementale (dont il était considéré l'un des faucons les plus redoutables) pendant la transition, assura l'en-plein des suffrages pro-Kabila dans la poudrière du Kivu en menant campagne sur les tons d'un nationalisme exacerbé et anti-rwandais. Puis, une fois nommé à la tête de chambre basse du Parlement, il s'investit dans un exercice plus institutionnel de conciliation entre les différentes tendances, ce qui lui vaut les sympathies d'une partie de l'opposition. Et aussi les soupçons des membres la garde rapprochée du chef de l'Etat, agacés par un activisme qui en vise les intérêts. Les députés n'hésitent pas à interpeller les ministres accusés de mauvaise gestion (Pierre Lumbi, parmi les protagonistes des contrats avec la Chine, et Mende Omalanga, qui avant de devenir porte-parole gouvernemental se voit obligé de quitter le juteux ministère des Hydrocarbures, sont mis en cause) et des structures sont créées pour inspecter les bilans des entreprises publiques, sans épargner la Banque centrale, machine à sous de la Présidence. Cette volonté d'affirmer le droit de regard du Parlement sur les activités de l'exécutif et sa souveraineté, en application du principe de la séparation des pouvoirs, se heurte ainsi au fonctionnement du gouvernement parallèle établi par les plus proches collaborateurs de Kabila pour concentrer tous les leviers des décisions importantes dans leurs mains. Ces derniers reprochent également à Vital Kamerhe des ambitions à la magistrature suprême et lui attribuent la paternité de la pétition, signée par la majorité des députés de l'Assemblée, où l'on exige du gouvernement, via la convocation d'une session extraordinaire, qu'il s'explique sur les clauses de l'accord secret avec Kigali qui a permis l'entrée des RDF en territoire congolais.
L’affrontement entre deux visions politiques En dehors de la lutte de factions, le problème découle d'une crise de fond où deux conceptions relatives à la gestion de l'Etat s'affrontent, l'une clanique et despotique, l'autre constitutionnelle et consensuelle. Le conflit sur les démissions de la présidence de l'Assemblée nationale, est alors secondaire. Toujours est-il que les détracteurs de Vital Kamerhe le voient désormais comme un opposant à écarter, et les autres comme une alternative au système de pouvoir en vigueur dans le pays. On lui prête l'intention de vouloir fonder son propre mouvement et d'avoir pris langue avec des alliés potentiels, y compris les dirigeants du CNDP de Laurent Nkunda. D'ailleurs, la crainte, de la part de Kabila, de la jonction entre l'opposition légaliste de "Vital" et celle armée du "Général Laurent" -entre temps pris en otage par Kigali avec un stratagème a été probablement l'une des raisons qui ont fait précipiter les événements de janvier avec le démantèlement des camps du CNDP au Nord Kivu par l'armée rwandaise, venue prêter main forte à Kinshasa, et les pressions (assorties de menaces ? ) exercées pour faire partir le président du Parlement devenu dangereux aux yeux du pouvoir. Vital Kamerhe vient de démissionner, mais le problème de la gestion du pouvoir est-il autant résolu ? Les Fdlr font monter la pression, et tout le monde s’en inquiète. Depuis le jeudi 26 mars dernier, c’est vers l’armée du Cndp que les autorités congolaises se sont tournées, pour demander un nouveau redéploiement dans l’Est, en vue de traquer les Fdlr. Chaque jour qui passe, rend de plus en plus évidente, la fragilité du marché des dupes qui s’est passé à Goma. Le destin de la Rdc est en train de se jouer, et nul ne peut fonder l’avenir ni sur le flou, ni sur le mensonge. Tout ce qui se fait actuellement en Rdc finira par s’écrouler comme un château des cartes, face à l’épreuve du temps. Toutes ces mesures à court terme, n'apporteront pas de solutions à une crise aux origines lointaines et dont le cœur se trouve toujours à l'Est.
Par Luigi Elongui/B. Amani
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