France, 24 mai 2008
COLLOQUE SUR LE ROLE DE L’DUCATION POUR LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE : CONCLUSION.
   
Nous sommes aujourd’hui dans un monde dominé par la publicité, l’exaltation des individualités dans une
mondialisation à deux vitesses. Suite au développement des nouvelles technologies de l’Information et de la
communication, le monde est plus que jamais uni. Il y a un important développement des nouveaux équilibres mondiaux.
C’est pourtant face à ces équilibres que l’Afrique devrait avoir un rôle important à jouer. Avec 3 % du commerce mondial,
dont 2 % pour la seule Afrique du sud, il y a de quoi s’interroger sur la destination de toutes les potentialités humaines et
naturelles dont regorge ce continent. Pourquoi le décollage économique tarde toujours à venir, si nous savons qu’en
1960, lors de l’accession des Etats Africains à l’indépendance, ils étaient au même niveau de développement que ceux
de l’Asie, et parfois même en avance. Aujourd’hui encore on est là, à tourner rond sur une question dont les solutions sont
entre les mains des Africains. Les chinois n’ont pas eu besoin des Occidentaux pour leur dire comment ils devraient
construire leur pays, mais aujourd’hui, ils sont parvenus à renverser la tendance. C’est pareil pour la Corée du sud et pour
beaucoup d’autres pays d’Asie. Généralement, lorsqu’on aborde la problématique du développement de l’Afrique, la
question est vite résolue. Les boucs émissaires sont trouvés et les coupables punis dans l’imaginaire. C’est souvent l’
occasion pour accuser la colonisation, l’esclavage ou encore le néocolonialisme, ignorant que nous africains avons une
grande part de responsabilité dans cette affaire.

1. Changer des mentalités par l’éducation.
Ce n’est pas complètement faux. Mais c’est simpliste pour constituer la base d’un vrai développement. Les causes sont
multiples, mais le temps n’est plus aux analyses intellectualistes bien faites. Nous devons passer des analyses aux
actions concrètes et ces actions exigent un changement profond de notre manière de concevoir les choses. Axelle Kabou,
Prosper Mabika Kalanda et Kä Mana avaient parlé du changement des mentalités. Les mentalités changent
progressivement. Mails le blocage se situe à deux niveaux : d’une part c’est cette exclusion dont les africains font l’objet
des débats internationaux. Même lorsqu’il y sont présents, ce n’est pas de façon efficace. D’autre part, c’est la
marginalisation de l’éducation au profit de la politique et de l’économique. Influencé par l’esprit des missionnaire qui ont
toujours souhaité ne pas se mêler des affaires politiques, le monde de l’éducation se retrouve dirigé, influencé et
manipulé par des hommes politiques dont le seul but est de conserver leur pouvoir. Nous pouvons nous imaginer le
résultat. Beaucoup de discours sans aucun effet sur la réalité éducative. Or, s’il y a le moyen par lequel l’Afrique devrait
passer pour se faire une place dans le concert des nations, c’est effectivement l’éducation. Des pays comme le
Danemark, la Norvège et plus récemment, l’Irlande du Nord ont mis l’accent sur l’éducation de leurs enfants. Au bout de
quelques années, ces pays sont devenus des destinations privilégiés pour les chercheurs d’emplois. Ce qu’ils ont
investis dans l’éducation, ils l’ont récupéré économiquement. C’est aussi pareil pour les pays d’Asie. Ils se sont écartés
des analyses universitaires et des accusations permanentes pour se consacrer au travail et à l’éducation. Leur place
dans le monde leur a été accordée sans discussion.

2. Pourquoi avoir organiser ce colloque ?
L’organisation de ce colloque s’inscrit effectivement dans cette logique qui consiste à mettre sur la même table
Européens et Africains. L’heure n’est plus aux spécialistes européens de venir dire aux africains comment ils doivent les
imiter pour se développer. En ce moment, les Africains devraient abandonner ces analyses trop scolaires et tendancieux
pour regarder la réalité en face et s’interroger sincèrement sur le rôle de chacun dans la construction d’une Afrique juste,
prospère et vivable. Voilà pourquoi nous nous sommes efforcés de réunir ce soir des Africains et des Européens pour qu’
ensemble, nous puissions développer une réflexion qui tienne compte de tous les apports, pour voir dans quelle mesure
il sera possible de participer au développement du continent berceau de l’humanité.

Dans la première partie, nous avons suivi les exposés de Monsieur Nicolas Heeren, Directeur du Centre International d’
Etudes pour le Développement Local de Lyon (CIEDEL), acteur et formateur de développement local, et du professeur
Jean Paul Messina, ancien doyen de la faculté de théologie de l’Université Catholique de yaoundé, intellectuel africain de
renom :

-        Monsieur Nicolas Heeren nous a présenté un exposé sur le rôle de l’éducation dans le développement local en
Afrique. Après une étude comparative entre le système éducatif anglophone et francophone, il é montré que l’Afrique a tout
à gagner en privilégiant l’éducation des ses fils. Avec le regard d’un avisé, il a montré que sans l’éducation, le
développement local reste une illusion. Pour lui, l’éducation est le cœur même du développement.

-        Le professeur Jean Paul Messina est revenu sur le rôle des intellectuels africains dans la bataille du
développement. Evoquant la distraction qui les caractérise, mais aussi leur difficulté à sortir des querelles universitaires
pour s’investir réellement dans le développement, il cependant a montré que sans eux, il sera difficile d’accéder à quoi
que ce soit. Il a aussi abordé cette lancinante question de la clochardisation des intellectuels en Afrique, ce qui est à la
base de la fuite des cerveaux. Si les pays africains veulent avancer, c’est en mettant en valeur la qualité de leurs
intellectuels.

Dans la deuxième partie, ce sont les exposés du professeur Charles Kabeya, Professeur à l’Université Catholique de
Lyon, spécialiste des questions de développement et du dialogue Nord Sud, et de Monsieur Jean François Ploquin,
Directeur du Centre d’Information et de Solidarité avec l’Afrique, fin connaisseur de l’Afrique centrale, spécialement de la
République démocratique du Congo et de ses chantiers.

-Le professeur Charles Kabeya a brossé un tableau fouillé sur la question du développement en Afrique. Il a profité pour
relever les causes endogènes et exogènes. Il nous a aidé à comprendre que le maldéveloppement en Afrique n’est pas
seulement une affaire des « autres » comme on tente de le faire croire par les discours populistes courants. C’est tout le
monde qui participe à la destruction. C’est pourquoi, c’est tout le monde qui devrait être impliqué dans la construction d’un
nouvel univers en Afrique.

-Monsieur Jean François Ploquin, s’appuyant sur son expérience dans le domaine de droits de l’homme n’a pas manqué
de dire que, malgré tout ce qu’on montre sur cette partie du monde, l’espoir est permis. Par des exemples concrets sur la
participation des hommes et des femmes dévoués pour la promotion des citoyens dans une société post conflit, il a
montré que le droit ne peut être mis de côté dans la bataille du développement. Les exemples concrets qu’il a donné sur
la reconstruction en République démocratique du Congo comptent plus que tout autre discours.

3. Que retenir ?
    Au vu de tous ces exposés, nous pensons comme Paul VI que « l’éducation est le premier objectif d’un plan de
développement. L’alphabétisation est pour l’homme un facteur primordial d’intégration sociale aussi bien que d’
enrichissement personnel, pour la société, un instrument privilégié de progrès économique et de développement. »  Le
programme de l’enseignement doit être adapté à la situation concrète actuelle de l’Afrique. La question de l’éducation en
Afrique est la base sur laquelle  devraient s’appuyer l’Afrique et les Africains dans la construction d’un univers plus
humain et plus juste. Cette présentation nous a permis de comprendre qu’une seule main ne peut battre le tambour.
Enfin, au nom des organisateurs, je voudrais remercier tous les participants, et tous les éminents intervenants. Nous
sommes conscients de vos emplois du temps bien chargés. Nous tenons à vous remercier sincèrement. Nous
saisissons cette occasion pour vous dire que ce colloque n’est qu’un essai, d’un mouvement de réflexion et d’action qui
se penchera spécifiquement sur l’apport de l’Afrique et des Africains dans la lutte pour le développement. D’où la
possibilité d’organisation, l’année prochaine, d’un colloque international sur le développement de l’Afrique. L’histoire ne
nous pardonnera pas, si nous n’apportons pas notre contribution par notre savoir faire et notre savoir être à la
construction d’un monde juste où l’Afrique aura sa place et toute sa place. Soyez-en sûrs, cette place ne nous sera pas
donnée. C’est à nous, Africains et amis de l’Afrique de la gagner.

Je vous remercie.

Stanislas BALEKE
Doctorant à l’Université de Lyon



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